Rosalind Franklin, la « dark lady » de l’ADN, mourrait le 16 avril 1958 d’un cancer de l’ovaire. Cristallographe avertie, spécialiste d’analyses de structure moléculaire, elle commence sa carrière indépendante (après sa thèse) à Paris au CNRS. Que nous apprend son histoire sur l’exclusion des femmes des carrières scientifiques ?
Dans les années 1950, une véritable course scientifique pour la découverte de la structure de l’ADN est lancée. Elle implique principalement trois équipes, celle de Linus Pauling à Caltech (États-Unis), et deux au Royaume-Uni : celle de James Watson et Francis Crick à Cambridge et celle de Maurice Wilkins du département de biophysique du King’s College à Londres dirigé par John Randall.
C’est dans ce contexte que ce dernier propose à Rosalind Franklin de monter sa propre équipe d’analyse structurale pour étudier la structure de l’ADN : l’enjeu est de taille, et Rosalind Franklin s’installe à Londres en janvier 1951. Les relations sont très vite tendues avec Maurice Wilkins, qui ne la vit pas comme une chercheuse indépendante (on dirait aujourd’hui « principal investigator »), mais plutôt comme travaillant dans son équipe, comme sa collaboratrice, voire son assistante ainsi que la désigne Watson. John Randall est probablement responsable de ne pas l’avoir accueillie dans des conditions claires pour ses collègues.
Elle travaille avec un doctorant, Raymond Gosling, et cherche à aligner les fibres d’ADN pour enregistrer des clichés de diffractions aux rayons X. Un des problèmes expérimentaux est l’existence de deux structures entremêlées dont la proportion dépend du degré d’humidité. Rosalind Franklin se propose de préparer un échantillon avec une unique structure pour avoir une image plus claire et elle y parvient. Le cliché n°51, devenu célèbre, lui permet d’obtenir, avec Raymond Gosling, la preuve expérimentale de la structure…
Auteur: Clotilde Policar, Professeure, directrice des études sciences à l’ENS, École normale supérieure (ENS) – PSL

