La frénésie mondiale autour de l’intelligence artificielle (IA) générative n’est-elle qu’un vaste miroir aux alouettes ? Une hallucination collective autour d’une technologie largement surcotée, désastreuse écologiquement et qui ne profitera qu’à la Big Tech elle-même ? C’est la crainte soulevée par une partie des observateurs du secteur, au moment où la « course à l’IA » que se livrent les grandes puissances — au cœur des préoccupations du Sommet sur l’IA organisé les 10 et 11 février à Paris — atteint une intensité inédite.
Les IA génératives sont des algorithmes capables de générer des contenus, des images ou des textes notamment, à l’instar de ChatGPT. Avec des résultats certes impressionnants et inquiétants dans les domaines de l’éducation, militaire ou de la surveillance par exemple. Mais elles suscitent une surenchère d’annonces et d’investissements faramineux. À tel point que les alertes sur l’éclatement possible d’une bulle spéculative se sont multipliées en 2024, de la banque d’affaires Goldman Sachs à l’essayiste fin connaisseur du secteur Cory Doctorow.
« Beaucoup de gens se sont rués sur ces technologies sans les avoir évaluées, juste par peur de rater le coche dans un contexte de concurrence généralisée », commente Raja Chatila, professeur émérite d’intelligence artificielle, de robotique et d’éthique à Sorbonne Université.
L’IA, « planche de salut du capitalisme »
Ce qui nourrit cette spéculation, c’est d’abord la promesse que ces IA génératives sauvent une croissance économique en berne. Elles généreraient d’importants gains de productivité en libérant les salariés de tâches répétitives ou en traitant rapidement d’énormes quantités de données. Malgré quelques usages efficaces de cette technologie dans des secteurs bien spécifiques, les gains massifs peinent pourtant à se concrétiser et les annonces de…
Auteur: Vincent Lucchese

