Le 30 septembre 2022, dans son discours annonçant l’annexion des républiques ukrainiennes de Lougansk, Donetsk, Zaporijia et Kherson, Vladimir Poutine reprenait l’une de ses antiennes favorites en affirmant que l’Occident « menaçait l’existence de la Russie ».
Selon une rhétorique désormais bien ancrée dans la propagande du Kremlin, la guerre menée en Ukraine ne serait, en réalité, qu’un élément du conflit global opposant l’Occident à la Russie – un conflit portant avant tout sur les valeurs. L’un des aspects de cette confrontation sur lesquels Moscou insiste tout particulièrement est l’acceptation des sexualités LGBT+ en Occident et leur rejet catégorique en Russie.
La Douma d’État a adopté plusieurs lois, entrées en vigueur le 5 décembre, interdisant la « propagande » des relations sexuelles dites « non traditionnelles » auprès de toutes les catégories de la population. Désormais, parler positivement d’homosexualité, ou adopter le moindre comportement jugé « homosexuel » dans l’espace public est passible de poursuites administratives.
L’homosexualité en tant que telle n’est pas – encore ? – pénalisée en Russie ; mais, dans les faits, les nouvelles lois contraignent les personnes LGBT à devenir totalement invisibles.
De la « protection des mineurs » à la « protection de l’ensemble de la société »
La position de Poutine n’a pas toujours été aussi radicale. Ainsi, en 2007, il se déclarait respectueux des « libertés humaines dans toutes [leurs] manifestations », ajoutant que le principal problème en rapport avec les « minorités sexuelles » était démographique.
La situation actuelle est l’aboutissement d’un processus entamé fin 2010 avec l’adoption de la loi 436-FZ sur la protection de l’enfance contre « les informations nuisant à sa santé et son développement », au nombre desquelles étaient portées, entre autres, celles…
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Auteur: Laure Thibonnier-Limpek, Enseignant-Chercheur à l’Institut des Langues et Cultures d’Europe, Amérique, Afrique, Asie et Australie (ILCEA4), membre du Centre d’Etudes Slaves Contemporaines, Université Grenoble Alpes (UGA)

