Alors que le coût du projet SAAQclic pourrait franchir le cap du milliard de dollars, il est temps de s’interroger sur les véritables causes des dérapages budgétaires qui affectent si souvent les projets numériques publics. Ces dérives ne sont pas des exceptions : elles sont, en réalité, hautement prévisibles.
Ce projet s’inscrit dans une longue série d’initiatives numériques publiques ayant connu des dépassements importants. Comme avec l’application ArriveCan, les problèmes semblent se répéter : retards, interruptions de service, budgets qui explosent. Le problème n’est donc pas seulement un manque de chance ou de compétence : il est structurel.
À titre de titulaire de la Chaire de gestion de projet ESG UQAM et professeur dans ce domaine, je tiens à apporter certaines précisions afin que l’on comprenne mieux ce qu’il en est, et ce que l’on peut faire pour éviter ces problèmes.
Une complexité mal comprise
Une des premières causes d’échec vient du fait que les projets informatiques sont beaucoup plus interconnectés qu’on ne le pense. Contrairement à un projet de construction, où les différentes parties peuvent avancer séparément (on peut couler une dalle sans poser le toit, par exemple), un projet numérique repose sur des blocs qui doivent tous fonctionner ensemble. Si un seul élément ne marche pas comme prévu, c’est tout le système qui peut se bloquer.
Dans le cas de SAAQclic, les plates-formes utilisées par les citoyens, les systèmes internes de la SAAQ et les solutions de l’éditeur de logiciel SAP devaient tous fonctionner de façon fluide. Le moindre problème dans un des maillons de la chaîne pouvait (et a) causé des interruptions majeures. C’est exactement ce qui est arrivé au moment du lancement, en février 2023.
Les experts parlent ici de self-organized criticality — un concept issu de la science des systèmes complexes. En gros, plus un système devient sophistiqué,…
Auteur: Alejandro Romero-Torres, Professor, Université du Québec à Montréal (UQAM)

