Quelques exaspérations sur le marketing autour de l’histoire ouvrière de Saint-Étienne
La fête de la Sainte-Barbe était, il y a plus de 130 ans, une fête déjà décriée par une partie des mineurs qui dénonçaient l’accaparement de leur condition par l’Église et les sociétés minières. Celles-ci profitaient de ces célébrations pour réimposer leur autorité morale et historique. Tu ne recevais ton salaire qu’à condition d’assister à la messe et cette dernière permettait aux patrons des mines de faire passer tous leurs objectifs financiers et les conditions de travail inhumaines qui allaient avec pour des volontés divines et du labeur sous bonne garde… La disposition de la cérémonie était aussi très critiquée : les mineurs étaient au fond, debout, tandis que les officiels, membres de l’Église, directions des sociétés minières ou élus, étaient assis bien confortablement dans des fauteuils à l’avant.
Depuis la fin des années 1990, la fête de la Sainte-Barbe est devenue un événement culturel, avec son défilé jusqu’au pied du chevalement puis son feu d’artifice, et depuis quelques années maintenant, une programmation culturelle et festive dans les bars et certaines salles de la ville. Ce qui était un événement kitsch, qui a toujours beaucoup plus attiré les gens des campagnes autour de Saint-Étienne que les habitant·es eux-mêmes, devient petit à petit un produit branché et communicationnel autour de la ville. On se croirait paradoxalement un peu partout : une fête locale aux accents authentiques. Du DJ set au concert bien branché, tu fermes les yeux et tu es peut-être à Marseille, Paris, Lille, Bordeaux, Nantes, Toulouse ou pire, à Lyon…
Cette stéréotypisation des traditions, où tout est polissé, où tout doit servir un récit de self-made ville, d’une génération empreinte de culture ouvrière qui, dans sa descendance, redonnerait vie à des traditions, relève de ce qui se fait de pire…
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