Je suis enceinte. Je n’trouve ni le temps ni l’espace pour écrire/noter quoi qu’ce soit, mais j’suis enceinte. Pour la toute première fois de ma vie, je suis enceinte. Y’a un putain d’polichinelle dans le tiroir, et dont moi je suis le tiroir.
J’habite dans un nouvel endroit, dans la vallée de la Roya. J’ai quitté le tissu d’secours et la grande maison de famille pour m’installer dans un autre lieu, et jouir de la position irresponsable de celle qu’on héberge gratuitement.
Je suis venue avec deux ami.e.s. La fille chez qui nous sommes ici – et dont les parents déménagent, temporairement – vivait en tente jusqu’à maintenant. Sur le terrain de ses parents, il y a une grande maison, moderne, mais elle ne vivait pas dedans. Sa tente j’habite dedans maintenant. C’est un tipi souple et solide, dit 4 saisons, d’une marque belge qui vend aussi les poêles à bois, et les imperméabilisants.
On a rejoint un collectif (certes, naissant) de 4 meufs, elles s’installent en ce moment aussi. Plusieurs des filles présentes ici sont d’anciennes premières de la classe, moi y compris. Des sortes d’Hermione déchues, hirsutes, et déclassées. On a tous.tes entre 20 et 30, sauf A. qui doit avoir 50.
Elle constate (on en parlait hier) que les gens d’sa génération étaient accrochés au travail comme à une bouée de sauvetage et aussi de réputation. On ne s’posait pas la question, on travaillait, un point c’est tout. Tandis que les jeunes d’aujourd’hui (elle me disait) non mais c’est dingue le nombre de jeunes qui me disent préférer la galère au simple fait d’avoir un patron. Vous êtes pas cons, c’est nous qui nous sommes fait rouler.
A. possède son diplôme d’éduc, elle a même été enseignante, mais pour les gosses dont on se fout : les jeunes fous, les difficiles, les anormaux. Elle me dit qu’c’est sans doute pour ça qu’on l’a laissée partir un peu, s’mettre en dispo, faire d’la radio. « Tout l’monde s’en fout de ces mômes-là ».
On a réfléchit quelques secondes, sur le pourquoi et le comment, de c’clivage de génération. On s’est rapidement mises d’accord sur le fait qu’avoir des privilèges, ça peut aider pour se passer d’un bullshit job. Et puis faut dire qu’aussi maintenant, travailler ça ne vaut plus l’coût. J’lui dis bah c’est clair qu’au final, se trouer l’cul, se péter l’dos, tout ça pour finir terrassé, malade, pauvre et endetté, on s’fait avoir. Non mais clairement vous êtes malins, plus malins…
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Auteur: lundimatin

