Sakine Cansız ou la cause anticoloniale

Nous nous souvenons d’un immeuble haussmannien, debout sur six étages, dans le dixième arrondissement de Paris. Au 147, il y avait une plaque : elle honorait la mémoire de trois femmes assassinées dans la nuit du 9 janvier 2013 au moyen d’un pistolet semi-automatique de calibre 7,65. Nous étions montés sur la capitale pour le journal L’Humanité et avions poussé la grosse porte grise à deux vantaux. Traversé le hall d’entrée. Franchi une deuxième porte puis gravi un escalier étroit. Le pallier l’était tout autant. Puis c’était au fond à droite. La troisième porte était beige, oui, c’est ça, en partie esquintée ; il restait des scellés de cire rouge et des morceaux de ruban adhésif. Cette porte était restée fermée sous notre poussée. C’était il y a cinq ans. Derrière elle, Sakine Cansız, Fidan Doğan et Leyla Söylemez avaient été abattues par surprise. « Dix balles, dix balles dans la tête. Aucune n’a raté sa cible[1]. »

L’assassin était un homme. Un nationaliste. Disons plus nettement : un sympathisant de l’organisation fasciste turque Ülkü Ocakları, plus connue sous le nom de « Loups gris ». Il résidait sur le sol français depuis deux ans et entretenait des liens avec le MIT, les services secrets de l’État turc. L’assassin est mort d’un cancer en prison avant d’avoir pu être jugé. Des documents belges feraient état de la possible complicité de l’ancien ambassadeur de Turquie en France, İsmail Hakkı Musa. Le MIT nierait bien sûr toute implication. L’État français, lui, classerait l’affaire sans suite – le ministère de la Défense irait jusqu’à refuser de déclassifier l’intégralité des pièces, autrement dit de lever le secret-défense.

Ces trois femmes étaient des militantes socialistes originaires du Moyen-Orient. L’aînée, Sakine Cansız, 54 ans à sa disparition, avait cofondé le Parti des travailleurs du Kurdistan : le PKK. Nom…

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Auteur: romain romain

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