Deux enquêtes scientifiques mettent à jour le profil type de l’agriculteur urbain : un homme, diplômé, ayant créé une entreprise agricole à vocation productive. Derrière cette catégorisation homogène se cachent quatre profils complémentaires : l’entrepreneur, le responsable associatif, le militant et le déclassé. En quoi consistent donc leurs métiers aujourd’hui ?
Pendant le Salon international de l’agriculture 2025, les curieux découvriront peut-être un stand original dans le pavillon quatre. Depuis 2018, l’Association française d’agriculture professionnelle (Afaup) participe, aux côtés de la Mairie de Paris, à la promotion des métiers de l’agriculture urbaine. Dans un contexte où la part des agriculteurs dans la population active ne cesse de décroître, les débouchés professionnels de ces alternatives aux métiers agricoles traditionnels soulèvent plusieurs questionnements : qui sont les travailleurs de l’agriculture urbaine ? En quoi consistent leurs métiers ?
Dans le cadre d’une thèse en cours sur le développement de l’agriculture urbaine en France et aux États-Unis, nous avons conduit une enquête qualitative auprès de travailleurs du secteur agri-urbain à Paris et à Détroit (Michigan), deux municipalités pionnières en matière de soutien institutionnel à l’agriculture urbaine. Cette recherche a pour objectif de saisir avec finesse leurs trajectoires sociales et les carrières professionnelles afin de mieux comprendre cette tendance.
Le mythe de l’agriculteur urbain « exploitant »
Depuis les années 2010, de véritables exploitations agricoles telles que Nature urbaine, une ferme high tech de 1,4 hectare sur la toiture du Palais des Congrès de la porte de Versailles ou les deux champignonnières souterraines de Cycloponics sont apparues dans Paris. Ce phénomène est largement international : à Montréal (Québec, Canada), Lufa Farms cultive une superficie totale de…
Auteur: Rémi Guillem, doctorant en sociologie, CRESPPA-LabTop, Université Paris 8 – Vincennes Saint-Denis

