En tant que neuroscientifique, qu’est-ce qui vous a conduite à vouloir faire des recherches sur l’empathie ?
J’ai écrit ce livre en constatant qu’on considérait l’empathie comme naturelle et qu’on était graduellement en train de la dépouiller de toutes ses influences sociales. Cela m’a fait penser à deux siècles en arrière, quand les inégalités sociales étaient extrêmement biologisées, ce qui légitimait un ordre social et des politiques eugénistes, qui sont par la suite devenues génocidaires. Ma réflexion était principalement liée à la situation à Gaza. Dans les débats politiques, j’entendais beaucoup de termes affectifs qui venaient paradoxalement donner une forme de rationalité à la riposte israélienne, voire à légitimer ce qui se passe à Gaza. C’est très proche de ce qu’il s’est passé aux États-Unis après les attentats de 2001, période durant laquelle les termes « empathie » et « compassion » étaient utilisés pour édulcorer ce qui se passait en Afghanistan et pour noyer le raisonnement complexe dans un lexique affectif.
Dans votre livre, vous développez la différence de traitement entre les attentats qui ont touché les pays occidentaux et ceux qui se produisent ailleurs dans le monde, notamment au Moyen-Orient. En quoi cette différence découle-t-elle de biais racistes ?
Physiologiquement, ressentir des émotions nous fait dépenser de l’énergie. On peut donc comprendre pourquoi on ne réserve pas cette énergie à des personnes qu’on ne connaît pas. Ce qui a peut-être aussi permis la survie de l’espèce, c’est que nous sommes organisés en groupes sociaux : nous consacrerons le plus d’attention, et donc de dépenses énergétiques, aux membres de notre groupe. On a davantage d’empathie pour ceux qui nous ressemblent. Dans le monde du journalisme, il existe la loi du « mort-kilomètre » : on traitera en…
Auteur: Salomé Dionisi

