Briser le cycle de la gentrification
À San Francisco, le scénario est devenu un classique de la gentrification urbaine. Des artistes investissent des quartiers délaissés, ouvrent des ateliers, des galeries, des cafés, redonnent vie à des rues abandonnées. Puis arrivent les investisseurs, les grandes entreprises, l’explosion des loyers et ceux qui ont contribué à rendre ces quartiers désirables finissent par en être chassés.
Plusieurs collectifs d’artistes tentent aujourd’hui de casser cette mécanique. Dans une région où acheter un logement est devenu inaccessible pour la plupart des créateurs, certains artistes âgés choisissent désormais de donner leurs maisons à des Community Land Trusts, des fonds fonciers solidaires chargés d’empêcher que certains logements soient soumis aux logiques spéculatives classiques.
À Oakland, une artiste de 79 ans a ainsi légué sa maison achetée à la fin des années 1970 pour 22 700 dollars à l’Artist Space Trust, explique le New York Times. Le logement, aujourd’hui estimé à plus d’un million de dollars, pourra être transmis à un autre artiste à un prix largement inférieur à celui du marché. Le terrain restera propriété du fonds afin d’empêcher toute revente spéculative.
Crédit : Cheryl Wagner / Artist Space Trust
Sortir les artistes de la logique du marché
Pour les structures qui portent ces projets, l’enjeu dépasse largement la question du logement individuel. Il s’agit de préserver la possibilité même d’une vie artistique dans les grandes métropoles américaines.
Car l’histoire s’est répétée partout. À SoHo, à New York, dans les années 1960, les artistes s’étaient installés dans des lofts industriels abandonnés, attirés par des loyers dérisoires et des espaces immenses. Peu à peu, galeries, commerces et investisseurs ont suivi. En quelques décennies, le quartier est devenu l’un des plus chers de Manhattan, poussant progressivement…
Auteur: Chloe Droulez

