Dans son nouvel essai, Tu nuis à la cause (paru aux éditions du Seuil), Sandrine Rousseau décortique les mécanismes de domination qui tentent de faire taire les militantes et militants au nom de la « modération ».
Entre féminisme et écologie, elle nous explique pourquoi la désobéissance n’est plus une option, mais le cœur battant d’une nouvelle façon de faire de la politique. Rencontre avec une rebelle qui, à l’heure des impasses électorales, prône une « impolitesse » salvatrice pour forcer les portes d’un changement systémique.

La Relève et la Peste : L’actualité récente, notamment le meurtre de Lyhanna et l’affaire Pélicot, semble marquer un tournant majeur dans le rapport de la société française aux violences sexuelles. On sent une bascule : on ne parle plus seulement de sécurité, mais de refonte systémique. Est-ce que cette justice, telle qu’elle est pensée, peut encore absorber ces crimes systémiques ?
Sandrine Rousseau : Ce qu’il se passe est épatant. Nous sommes passés d’un discours purement sécuritaire — réclamant des peines planchers ou la castration chimique — à un véritable questionnement féministe sur le fonctionnement de la justice et de la société. C’est le résultant de la vague #MeToo, qui a travaillé en souterrain et donne aujourd’hui ses fruits.
Oui, on peut améliorer la justice et en augmenter les moyens. Mais la question est : la justice peut-elle absorber ce crime systémique, voire systématique ? Il y a un viol ou une tentative de viol toutes les trois minutes en France. On est face à un système de prédation du corps des femmes et des enfants qui s’apparente à des crimes systémiques, voire d’apartheid. Cela ne peut pas passer que par la justice classique.
Il faut imaginer d’autres débouchés, comme peut-être des commissions « justice et réconciliation », ou des procédures basées sur la justice réparatrice. Le système actuel est engorgé, il…
Auteur: Léonore Suied

