« Sans mémoire, le futur se bâtit sur du sable. Elle détermine ce qui fait société, nos liens, nos débats et notre rapport à la vérité. Elle participe à la construction de chaque individu et de chaque communauté. C’est pourquoi elle est d’un enjeu phénoménal. Extraits d’un29/03/2026…
Un présent sans passé partagé peut être très violent. Chacun, dans sa vie, a pu y être confronté intimement. Quand un parent est touché par la maladie d’Alzheimer, c’est le début d’un fossé qui se creuse, de conversations qui s’éteignent. Quand on ne reconnaît plus ses enfants ou ses petits-enfants, une histoire commune s’éteint, le lien s’effiloche au fil des jours, silencieusement. Ce qui unit les êtres, ce sont les conversations, les récits, les valeurs communes, les sentiments qui font le temps présent. La mémoire est le lien qui unit proches et communautés.
La mémoire nous construit
Ce qui est vrai pour la sphère privée l’est également pour une société.« La mémoire commune est d’abord histoire, non au sens de la discipline scientifique, mais au sens d’un récit – ces histoires que l’on se raconte », écrit Marie-Claire Lavabre, directrice de recherche émérite au CNRS. Une approche prolongée par Sandrine Lefranc et Sarah Gensburger (1). « Un individu entretient, articule ou combine les mémoires de sa famille, de sa génération, de son quartier, de son groupe professionnel, de la cohorte des conscrits mobilisés pour une guerre à laquelle il appartient, des mobilisations politiques auxquelles il ou elle a pris part ». Elle participe à la construction de chaque individu, de chaque groupe.
Elle est d’un enjeu phénoménal. Oublier les combats pour la liberté d’expression et la démocratie ou contre la xénophobie, c’est rouvrir la voie à leur contestation et à leur réapparition. Rien n’est acquis si…
Auteur: Claude Morizur

