Courcelette (Somme), reportage
Équipée de jumelles et de gants en cuir blanc, Anne-Gaëlle Mothé se fraie un chemin à travers les blés. Un rapace prend son envol à la hâte. « Regardez, ils sont là, au sol », glisse-t-elle en désignant un amas de tiges et de brindilles. Dans le nid, trois petits becs sont grands ouverts.
« On voit qu’ils ont chaud… Ceux-là, ce sont des busards Saint-Martin nés tardivement. Le plus jeune a éclos la veille », observe la chargée d’études faune de l’association Picardie Nature.
Il faudra encore un mois aux oisillons pour pouvoir s’envoler et quitter le nid. Le blé, lui, sera moissonné demain matin. « Chez nous, les moissons ont au moins dix jours d’avance cette année », nous raconte Anne-Gaëlle en déroulant un ruban rouge et blanc entre les piquets qui délimitent le nid.
« Je m’assure que l’agriculteur distingue bien l’emplacement du nid depuis sa moissonneuse-batteuse demain, explique-t-elle. Pour éviter que les petits passent dans ses barres de coupe ! Parce qu’à l’inverse des autres rapaces, les busards nichent directement sur le sol, cachés au milieu des céréales. »
La parcelle de blé barbu à Courcelette (Somme) dans laquelle vient d’intervenir Anne-Gaëlle est l’une des nombreuses parcelles agricoles des Hauts-de-France dans lesquelles des nids de busards ont été repérés. Depuis le début de la saison 2026, l’association Picardie Nature, avec l’aide des agriculteurs, a identifié 71 nids et emmené une quarantaine de nichées jusqu’à l’envol.
Populations en déclin
Cette stratégie vise à freiner le déclin de trois espèces de busards sur le territoire, dont le Saint-Martin (Circus cyaneus), dont les populations ont chuté de plus de 70 % en 20 ans, et le cendré (Circus pygargus), qui a perdu près d’un tiers de ses effectifs au cours de la même période.
La troisième espèce, le busard des Roseaux (Circus…
Auteur: Emma Nicolas

