Il y a 20 ans, le 29 mai 2005, les électeurs et électrices françaises étaient invitées à se prononcer par référendum sur le traité constitutionnel européen (TCE). Il n’y a plus eu de référendum national depuis. Il a suscité de vifs mais passionnants débats sur l’orientation que chacun et chacune souhaitait donner à l’Union européenne (UE), divisant au sein de l’ensemble des forces politiques, hormis l’extrême droite hostile à toute forme de construction européenne.
Le TCE a aussi profondément fracturé la gauche. Les opposants de gauche au TCE estimaient que, malgré l’intégration d’une charte européenne des droits fondamentaux, le texte gravait dans le marbre l’orientation néolibérale de l’Union (privatisation des services publics, dérégulation de la finance, concurrence sociale et fiscale entre pays membres, etc.) et, donc, qu’une « autre Europe » était souhaitable. Les partisans du « oui » considéraient que le cadre fixé par le traité comportait certes bien des défauts, mais que le contenu des politiques économiques et sociales européennes serait le fruit des rapports de force internes, entre gouvernements et Parlement européen.
Le « non » l’a finalement emporté, à plus de 54 %. Pour contourner ce résultat, le traité de Lisbonne, très similaire au TCE, était signé en 2007 entre gouvernements, sans consultation populaire. Depuis, le projet d’une « autre Europe possible » demeure toujours aussi nébuleux à gauche, même si plusieurs députés européens sont très actifs pour initier des politiques plus sociales et écologiques. Le contexte mondial a, lui, été profondément bouleversé. La montée en puissance de la Chine autoritaire, la militarisation de la Russie de Poutine et la « trumpisation » des États-Unis font-elles de l’Europe, malgré ses imperfections, un îlot encore relativement progressiste et tolérant dans un monde de brutes ? Entretien sur ce sujet…
Auteur: Barnabé Binctin

