Au lendemain de l’incarcération de Nicolas Sarkozy et d’une journée saturée d’éditoriaux criant à l’injustice, Eva Joly analyse « un naufrage médiatique ».
Ancienne juge d’instruction spécialisée dans la lutte contre la corruption, ex-députée écologiste au Parlement européen, et aujourd’hui avocate, Eva Joly avait publié une tribune dans La Croix dans laquelle elle fustigeait les déclarations de responsables politiques et de journalistes incapables de s’en tenir aux faits.
L’ancien président de la République a été reconnu coupable d’association de malfaiteurs pour avoir laissé ses collaborateurs rencontrer en Syrie un dignitaire du régime du dictateur Mouammar Kadhafi pour discuter d’un financement occulte de sa campagne présidentielle de 2007.
Reporterre — L’incarcération de Nicolas Sarkozy a fait l’ouverture du journal de 13 heures de TF1 le 21 octobre. On y voit l’ancien président acclamé par la foule, l’injustice est dénoncée par ses avocats… Les raisons de la condamnation n’ont été à aucun moment rappelées. Comment analysez-vous la séquence médiatique de ces dernières vingt-quatre heures ?
Eva Joly — Je pense que ce qui a été très frappant dans ces débats médiatiques, c’est que quasiment personne n’a parlé des faits, la plupart des commentateurs se sont concentrés sur la procédure. Celle-ci n’a d’ailleurs rien d’exceptionnel puisque 86 % des décisions qui condamnent à plus de deux ans de peine de prison sont assorties d’une exécution provisoire [l’exécution immédiate d’une décision de justice]. Il est important de rappeler que l’ordre public est un principe constitutionnel, et lorsqu’autant de faits graves sont mis sur la table, la préservation de cet ordre public exige l’exécution de la peine comme seule réparation.
Ce que nous voyons sur les chaînes d’information en continu me rappelle un proverbe : « Le sage montre la…
Auteur: Fanny Marlier

