Chanteuges (Haute-Loire), reportage
Chaque jour, l’équipe du Conservatoire national du saumon sauvage (CNSS) de Chanteuges (Haute-Loire) vérifie le piège en forme de machine à laver dans la rivière. Objectif : capturer de jeunes saumons pour aider à la reproduction de l’espèce. Ce matin-là, le piège est vide. « Je vais devoir demander l’autorisation de capturer des adultes », dit Patrick Martin, le directeur des opérations. S’il ne parvient pas à pêcher suffisamment de géniteurs, les saumons conçus artificiellement deviendront trop pauvres génétiquement.
Autrefois symbole de la Haute-Loire, où l’on venait du monde entier pour le pêcher, le saumon sauvage de la souche Loire-Allier est aujourd’hui sur le point de disparaître. À la station de comptage de Vichy, on en dénombrait près de 100 000 au XVIIIᵉ siècle, une centaine dans les années 1990 et seulement une douzaine l’année dernière. Depuis 2024, la sous-espèce est ainsi « en danger d’extinction », selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).
Le dernier saumon de longue migration d’Europe
Ce constat, qui peut être interprété comme un échec des mesures de conservation mises en place depuis trente ans, avive la discorde entre deux conceptions de la nature. D’un côté, les partisans d’une intervention humaine et technologique poussent pour renforcer le repeuplement artificiel de la rivière. De l’autre, les défenseurs d’une libre évolution préfèrent miser sur l’amélioration des milieux et la renaturation.
Parcourant près de 900 km en eau douce tous les trois à cinq ans entre l’estuaire de la Loire, à Saint-Nazaire, et les gorges de l’Allier, l’emblématique poisson migrateur traverse en effet de nombreux milieux naturels dégradés. Dépendant des eaux froides, il doit se battre contre l’augmentation des températures, franchir les nombreux barrages, éviter les espèces invasives…
Auteur: Alban Leduc, Antoine Boureau

