© 2025 – Haut et Court
Scène ordinaire à l’IGPN, le service de police chargé d’enquêter sur les services de police. Stéphanie Bertrand, inspectrice, interroge un policier suspecté de bavure :
— Décrivez ce que vous voyez sur ces images.
— On ne voit pas très bien.
— Je crois au contraire qu’on voit très bien.
Dans Dossier 137, selon l’œil de chaque personnage, une image en devient une autre. Pour l’un, l’image est nette. Pour l’autre, elle se brouille. C’est une question de point de vue.
Incident pendant le mouvement des gilets jaunes, en 2018, dans une petite rue de Paris : deux jeunes manifestants venus le matin même de Saint-Dizier, perdus dans la capitale, paniquent à la vue de quatre policiers armés. Prenant la fuite, l’un des deux est touché à la tête par un tir de LBD. Gravement blessé, il tombe. Y a-t-il eu faute ? Pour l’IGPN, l’inspectrice Stéphanie Bertrand est chargée du dossier.

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Dossier 137 porte bien son titre, tant le film se regarde, se feuillette, recueil de courriers administratifs, de requêtes, de procès-verbaux, de vidéos et de cartes géographiques. La réalité du métier, c’est cette paperasse. Le montage du film prend la même teinte administrative : les plans des interrogatoires de bureau s’enchaînent. Automatiques. Robotiques. Il s’agit bien d’un système, d’une mécanique, celle de l’appareil judiciaire, d’une pure machine à rendre la justice, comme celle de Kafka dans La Colonie Pénitentiaire.
Dans ce monde de fichiers informatiques, les enquêtes de l’IGPN s’appuient sur les données issues de la vidéosurveillance. Reflets de nos actions, enregistrées quelque part dans un monde parallèle, fait d’images, de sons, de données. Empreintes laissées, discrètes, dans la surface virtuelle de quelque base miroir : vidéosurveillance, mais aussi rushes des journalistes, cartes…
Auteur: Thomas Pietrois-Chabassier

