Scandale de l'amiante : Pierre Pluta, la voix des disparus

Dunkerque (Nord), reportage

Avec sa marina, sa vue dégagée sur l’horizon et ses logements flambant neufs, le quartier dunkerquois du Grand Large connaît une seconde jeunesse. Mais de nombreux indices informent le visiteur du passé industriel des lieux. Par exemple, sur un ancien atelier d’ajustage devenu complexe sportif, les lettres ACF — pour Ateliers et chantiers de France — trônent sur une immense façade de briques. C’est ici que Pierre Pluta, 79 ans, a travaillé durant un quart de siècle.

Calme et affable, le retraité à la chemise jaune a l’œil qui s’illumine lorsqu’il évoque sa jeunesse passée entre ces murs. « J’y suis rentré en 1963 à l’âge de 17 ans, je travaillais dans les navires, raconte Pierre Pluta. Oh, c’était des grands navires ! Des méthaniers, des pétroliers, des ferries… J’aimais bien l’ambiance qui y régnait. J’ai été marqué par la solidarité entre les ouvriers. » Le regard fixé sur les anciennes rampes de lancement, il se souvient aussi de la fierté de voir partir ces géants des mers vers de lointaines contrées, jusqu’à la fermeture du site en 1988.

« Il neigeait de l’amiante, on n’avait pas de masques »

Mais lorsqu’il œuvrait dans les bateaux, Pierre Pluta ne se doutait pas qu’un poison invisible et mortel grouillait dans les murs et plafonds des chantiers : l’amiante, qui allait lui refiler une asbestose, une maladie des poumons entraînant une insuffisance respiratoire. Ce même amiante qui allait aussi emporter des centaines d’anciens camarades victimes du mésothéliome, le cancer associé à cette particule responsable de plus de 200 000 morts dans le monde. Depuis trois décennies, Pierre Pluta se bat pour la reconnaissance des droits des victimes de l’amiante à travers l’Association régionale de défense des victimes de l’amiante (Ardeva), qu’il a fondée en 1996.

Pierre Pluta et ses camarades n’ont réalisé…

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Auteur: Mehdi Laïdouni, Théo Heffinck

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