Scandale(s) au musée : une affaire ancienne

L'action spectaculaire des militantes de Just Stop Oil, le 14 octobre dernier, a provoqué un buzz sans précédent sur les réseaux sociaux. Youtube / capture d'écran

Vendredi 14 octobre, deux militantes de Just Stop Oil (un mouvement qui milite en vue de l’arrêt des projets pétroliers et gaziers britanniques) se sont introduites dans la National Gallery de Londres et ont projeté de la soupe à la tomate Heinz sur les Tournesols (1888) de Van Gogh, avant de coller leurs mains à la cimaise murale de la salle d’exposition. Scandale instantané et stratosphérique.

Qu’il s’agisse de soupe ou de purée, l’écho médiatique que rencontrent ces incidents remplit à la perfection leur mission de médiatisation de la cause écologiste. Elles comportent en outre, par leur effet scandaleux, leur propre autojustification, en démontrant que l’atteinte à l’art nous scandaliserait désormais plus que celle au vivant… Les Tournesols étant protégés par une vitre, elle-même métaphore de cette protection de l’art, l’agressivité simulée de cette action lui confère d’abord une portée symbolique. Pour discuter de sa pertinence et de ses limites, il n’est pas inutile de se replonger dans l’histoire de l’activisme artistique et des interventions dans les musées.

Art ou activisme ?

Levons d’abord tout malentendu : les militantes de JSO, même si leur action utilise un répertoire artistique, ne revendiquent que la dimension politique de leur mise en scène, et la vidéo de la séquence dénote en effet un contournement délibéré de toute tentative d’esthétisation, et même une certaine maladresse. Mais l’on peut s’amuser à regarder les choses par l’autre bout de la lorgnette : si elles avaient revendiqué le caractère « artistique » de leur « event », il est fort à parier que le scandale eut été bien moindre, voire nul. La transgression est mieux supportée quand elle est signée par un artiste que par un activiste. Ce qui du reste confirme un peu la portée de leur message : l’art est devenu un signifiant rassurant, domestiqué et en partie inoffensif, un miroir de nos névroses qui ne conduit qu’à de la reproduction.

Petite comparaison : leur action était bien moins violente (et sordide) que celle de l’artiste-performeur Piotr Pavlenski, auteur d’un happening dirigé ad hominem (et ad penem) contre Benjamin Griveaux, qui excédait quant à lui la frontière de la simulation. Mais l’exaction de Pavlenski ne suscita pas, il s’en faut de beaucoup, la même levée de boucliers moralisatrice. Car son auteur était un artiste. Sans doute aussi parce que l’opinion aime plus Van Gogh que ses actuels dirigeants, mais il s’agit là d’une autre histoire… La comparaison montre en tout cas, si cela était encore nécessaire, la ténuité infime de ce qu’il reste de frontière entre art et non-art : les définitions ne sont plus qu’affaire de contexte, de réception et…

La suite est à lire sur: theconversation.com
Auteur: Isabelle Barbéris, Maître de conférences HDR en Lettres et Arts, Université Paris Cité

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