Sciences Po par soi-même

Émile Friant. — « Autoportrait », dit « Un étudiant », 1885.

Depuis sa création en 1872, Sciences Po, comme on appela rapidement l’École libre des sciences politiques (ELSP), était dirigée selon les règles discrètes de la bourgeoisie. À commencer par la nomination de son directeur, choisi en toute confidence. Et pour longtemps. Jacques Chapsal, secrétaire général de l’ancienne ELSP en 1939, devint le directeur de l’Institut d’études politiques (IEP) de Paris (toujours plus connu sous le nom de Sciences Po) de 1947 à 1979. Le régime des tractations feutrées disparut quand les circonstances mirent fin au mécanisme de cooptation qui avait présidé aux nominations. Et pour cause : parrainé par son prédécesseur Alain Lancelot, le directeur réformiste Richard Descoings mourut brutalement dans un hôtel de New York, en préambule à un torrent de révélations sur sa vie dissolue. Il fallut une longue procédure pour lui trouver un successeur. Les premiers candidats, pourtant qualifiés, furent recalés lors d’un premier tour d’examen des candidatures. À défaut de connaître la volonté du précédent directeur, il fallut chercher un candidat à même de dégager une majorité au conseil d’administration de la Fondation nationale des sciences politiques (FNSP), alors chargée statutairement de procéder à cette nomination avant une réforme de 1976.

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Curieuse instance que la FNSP, fort discrète depuis sa création, en 1945, pour préserver symboliquement le prestige des fondateurs, héritiers des « auteurs de libéralités » qui avaient financé la vieille école privée. Devant le pouvoir exercé en réalité par le directeur de Sciences Po, les fondateurs se contentaient d’entériner ses orientations. Un cénacle géré par les bonnes manières. En 2013, il fallut de subtiles manœuvres de cour pour dénicher un directeur, lui aussi conseiller d’État mais en situation de parachutage. Frédéric Mion fut intronisé par les héritiers des fondateurs qui, quoique minoritaires, font bloc dans ces circonstances. L’un des responsables de cette élection, Olivier Duhamel, déclencha un nouveau petit séisme de succession en démissionnant de la présidence de la FNSP acquise entretemps. À nouveau la lutte de succession est ouverte. En deux temps : la nomination du président de la FNSP puis celle du…

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Auteur: Alain Garrigou