Crise sanitaire, crise énergétique, crise géopolitique, crise politique, crise démocratique… Le mot crise est devenu omniprésent au point que nous avons le sentiment de passer de l’une à l’autre, comme si les dix plaies d’Égypte s’abattaient sur nos têtes, sans nous laisser de répit et sans non plus nous dire si elles ne sont que dix ou davantage.
Comme les caméléons, nous pouvons attendre la prochaine crise pour y réagir et nous y adapter coûte que coûte ; comme les complices des pythies, nous pouvons attendre que les scénarios du futur nous apprennent que « ce qui a été sera » et qu’ « il n’y a rien de nouveau sous le soleil », pour reprendre les mots de l’Ecclésiaste ; comme les sophistes des temps anciens, nous pouvons attendre que « l’avenir pleuré d’avance » (1) s’induise ou se déduise du présent dans la fatalité implacable de la logique et de ses syllogismes…
Un décalage pour susciter une vigilance
Ou alors, nous pouvons comprendre que se projeter dans l’avenir ne devrait jamais être considéré comme un exercice d’induction et de déduction, mais comme un art de la volonté : l’avenir se veut ! Rien n’illustre mieux cette idée qu’une blague juive extraordinaire avec ce monsieur qui se plaint tout le temps à Dieu, parce qu’il n’a toujours pas gagné au Loto. Au bout d’un certain temps, Dieu s’énerve et lui répond : « je veux bien t’aider, mais achète au moins un ticket » ! Chacun de nous ne devrait-il pas faire sienne cette devise : « il faut acheter des tickets ! » ?
Cela rejoint l’un des plus beaux psaumes de David qui donne à voir et à penser une certaine définition de notre humanité : « éveille-toi mon âme ! Éveillez-vous, mon luth et ma harpe ! Je vais éveiller l’aurore ! » (psaume de David 57,9). Si l’être humain a souvent été décrit comme un animal en éternel décalage, – au point…
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