Le débat n’est pas nouveau, mais il est symbolique, à plus d’un titre, des mutations du monde de la montagne. Dans un rapport publié le 11 février, la Cour des comptes recommande de faire payer aux personnes secourues en montagne, dans certaines situations, tout ou partie des frais induits. « Il est difficile de rester au statu quo », insiste l’institution, sans crainte d’écorner un principe intangible de gratuité du secours et une certaine idée du service public.
Cette offensive comptable part du constat d’une forte augmentation du nombre d’opérations de secours en montagne : +44 % en dix ans, pour atteindre 9 912 sorties en 2024. Cette situation est un reflet d’un spectaculaire engouement pour les sports de montagne, qui ressort dans de nombreux indicateurs. Le nombre de licenciés à la fédération d’escalade a par exemple grimpé de 52 % entre 2010 et 2019 ; le nombre d’adeptes du trail (course à pied en montagne) a bondi de 300 000 à plus de 1 million entre 2010 et 2023 et certains secteurs de randonnées comme le GR20 en Corse ou le massif des Pyrénées enregistrent une fréquentation en hausse de 30 % entre 2019 et 2021.
Cette massification est pimentée par l’apparition de sports nouveaux, plus risqués, comme le saut en parachute (basejump), le VTT de descente, le parapente à ski (speed riding) qui sont plus accidentogènes.
La facture, pour les finances publiques, a augmenté de 54 % depuis 2012
À cela s’ajoutent les conséquences directes du changement climatique. En montagne, la hausse des températures est plus rapide et atteint déjà +2 °C en moyenne. La fonte du permafrost entraîne des glissements de terrain plus nombreux. « Le retrait glaciaire donne lieu à l’apparition de roches et des chutes de séracs [blocs de glace], favorise des crevasses plus larges et accroît la pente des glaciers ; les grands redoux hivernaux, inhabituels, brouillent les réflexes et repères…
Auteur: Erwan Manac’h

