Alors que le numérique ouvre la classe sur le monde, les établissements scolaires ne cessent de renforcer leurs clôtures. L’objectif affiché est d’assurer la sécurité des élèves. Mais la multiplication de portails, grilles, tourniquets, sas, badges, caméras est-elle toujours gage de protection des élèves ? La sécurisation rime-t-elle forcément avec plus de sécurité ?
Un des objectifs prioritaires d’Anne Genetet, l’actuelle ministre de l’Éducation nationale, est de « sécuriser les établissements pour que demain, l’école soit sûre pour tous les élèves et les enseignants ».
Une école sûre, c’est-à-dire préservée des dangers : qui pourrait contester cet objectif ? Mais les démarches de « sécurisation », le renforcement des dispositifs et technologies de contrôle sont-ils vraiment une garantie de sécurité ?
Quelques éléments d’éclairage à partir de l’enquête Émanciper ou contrôler ? Les élèves et l’école au XXIᵉ siècle (éd. Autrement).
L’architecture scolaire : un héritage historique
Pour comprendre sur quelles bases s’organisent les relations entre les établissements scolaires et leurs environnements, il faut remonter au moins aux dernières décennies du XIXe siècle. Ce que l’architecture révèle, diverses recommandations officielles le préconisent.
Il s’agit de séparer, de mettre à distance, en particulier dans les espaces urbains où l’extérieur est perçu comme une menace ou une possible perturbation. Des murs, des grilles, la plantation de haies… tout est alors bon pour couper les écoles de ce qui les entoure.
Michel Foucault, dans Surveiller et punir, en 1975, note que la clôture est une des caractéristiques des institutions disciplinaires dont, selon lui, nos écoles font partie. Au fil du XXe siècle et, en particulier après mai 1968, la pression se relâche. Des établissements totalement ouverts sont construits et, en relation avec des…
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Auteur: Pascal Clerc, Professeur des Universités en géographie, CY Cergy Paris Université

