Sédater le risque : comment le nucléaire fabrique l'acceptation

Fabriquer de l’énergie nucléaire, n’est pas une mince affaire. Ce qui est tout aussi ardu, c’est de parvenir à rendre les risques, qui l’accompagnent inévitablement, acceptables. Le travail qui suit ne se positionne pascontre le nucléaire mais s’attèle à de décortiquer les mécanismes par lesquels le langage technique, statistique et institutionnel transforme un danger en paramètre administrable : nominalisation, gradation lexicale, abstraction statistique, hiérarchisation des peurs, saturation technique, invisibilité sensorielle. L’hypothèse est simple : le nucléaire ne se contente pas d’être géré — il est mis en forme. Et cette mise en forme agit politiquement.

Ouverture

Sédater le risque, ce n’est pas le nier.
C’est le rendre habitable.

Le risque existe. Il est physique.
Il est mesurable.
Il peut être invisible.

Mais il n’existe pas politiquement sans être nommé.
Un phénomène ne devient public qu’à travers un vocabulaire.
Ce vocabulaire ne se contente pas de décrire.
Il organise.

Nommer, c’est déjà stabiliser.
Stabiliser, c’est déjà administrer.

Entre l’événement et la décision, il y a le langage.
Ce passage n’est pas neutre.
Il transforme une intensité en catégorie.
Il transforme une scène en procédure.
Il transforme une peur en paramètre.

Dans le domaine atomique, l’invisible est une condition de base.
Il n’y a ni odeur, ni couleur, ni bruit.
Le corps ne contredit pas le discours.
Il n’alerte pas.
Il attend une interprétation.

Alors le langage occupe la place laissée vacante par les sens.
Il décrit.
Il mesure. Il classe.
Il rassure.

Un accident devient un événement.
Une contamination devient une présence mesurée.
Un danger devient un enjeu de sûreté.

Ce déplacement n’est pas nécessairement mensonge.
C’est une infrastructure.
Un appareil lexical proportionné à un risque abstrait.

Plus le risque est difficile à percevoir, plus le…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: dev

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