Ces dernières semaines, des milliers de scientifiques, ingénieurs et étudiants de la région grenobloise ont parcouru les lignes de Seditium, un journal gratuit largement diffusé appelant à faire sédition et à trahir, depuis l’intérieur, les institutions de la technoscience alors que le Commissariat à l’Énergie Atomique de Grenoble fête ses 70 ans. Petit résumé.
Clins d’œil complices, pouces levés, confessions faites sur l’absurdité de leur travail et leur mépris à l’égard de l’institution qui les emploie, la diffusion de Seditium, ce « nouvel élément qui agite la recherche », aura délié des langues sur la Presqu’Île Scientifique grenobloise.
Nombre de chercheurs et d’ingénieurs souffrent de ce mal diffus qu’on appelle la perte de sens et de ce tiraillement consécutif qu’on nomme la dissonance cognitive. Entrés dans le monde de la recherche avec la promesse de répondre aux grands enjeux de société, la réalité a souvent été une longue série de désillusions. De la conception d’implants électroniques pour mesurer le stress des cochons – et pouvoir optimiser leur concentration dans les élevages – aux recherches qui servent à perfectionner des armes, en passant par celles pour développer la 5G ou l’IA, il ont été confronté au fait que la Science est structurellement asservie aux intérêts privés et militaires. CEA, CNRS, INRIA et autres mastodontes de la recherche publique ne sont que le premier maillon d’une chaîne de « valorisation » d’un système capitaliste et industriel ravageur.
Elle est bien loin l’époque où l’on pensait que les innovations scientifiques amélioraient la vie, que les gains de productivité profiteraient à tous et où l’on associait progrès technique et progrès social. Cette croyance est aujourd’hui largement mise à mal par les faits. L’automatisation profite en premier lieu aux patrons et aux actionnaires. Le raffinement des…
Auteur: dev

