Sylvain Griot est un coureur amateur, mais passionné. Après avoir souffert de nombreuses blessures aux jambes (genoux, chevilles, hanches), il a découvert en 2013 la course déchaussée avec Ken Bob Saxton. Ses chronos se sont sensiblement améliorés (1 h 26 sur semi-marathon, pour 1 h 42 sur chaussée — le record du monde étant de 58 minutes. Avec 1 h 26, il se place 288e sur une compétition de plus de 10 000 participants, et en 1 h 42 il se positionne au-dessus du 2 000e). Et ses blessures ont disparu. Il vient de traduire le livre Courir pieds nus de K. B. Saxton (éd. Thierry Souccar).
Autoportrait. © Sylvain Griot
Pour bien des raisons, il apparaît passionnant et pertinent de reconsidérer notre rapport à la chaussure. Tous les jours, sans même y penser, nous glissons des semelles sous nos pieds dès lors que nous sortons arpenter le monde, mais cet acte en apparence anodin n’est pas sans conséquences. Une humanité constamment chaussée est une humanité qui renie toute une dimension sensorielle de l’être, perd le lien physique avec son environnement, ne développe plus de délicatesse dans son mouvement et perd son autonomie, car devient « dépendante » de l’outil que ses mains ont imposé à ses pieds. Pour mieux prendre conscience de cette dépendance, je vous invite d’ailleurs à crapahuter sur les chemins quelques heures sans chaussures.
Nos pieds sont des organes complexes. Ils comptent un quart des os du corps, et leur plante est dotée de milliers de terminaisons nerveuses. Celles et ceux qui, dès leur plus jeune âge, sont libres d’utiliser pleinement leurs pieds développent instinctivement une capacité à gambader sur tous les terrains et n’ont pas « besoin » de semelles protectrices, si ce n’est pour faire face à des conditions particulières, comme le grand froid en hiver ou le buisson de ronces à traverser. Leurs pieds sont larges et plastiques, font preuve de dextérité, et chaque orteil sait se mouvoir indépendamment des autres. Il n’y a ni corne ni mauvaises odeurs !
Comparaison de pieds habituellement chaussés (à gauche), déformés par la chaussure, et habituellement nus (à droite). © The American Journal of Orthopedic Surgery, 1905
Mais, malheureusement, le pied nu est coupable de s’opposer à la grande marche civilisationnelle et d’évoquer nos origines animales et/ou tribales, supposément honteuses. Depuis l’Antiquité, nous opposons le pied à la main habile et créatrice. Nous l’emprisonnons, le cachons et n’attendons rien de lui, si ce…
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Auteur: Sylvain Griot Reporterre

