Les résultats provisoires de la commission électorale ont surpris jusqu’aux plus optimistes. La Studentska lista, la « Liste étudiante », a recueilli 53,4% des suffrages, contre 39,7% pour la coalition rassemblée autour de Vučić, avec une participation proche de 69 %. Trois jours avant le vote, Ipsos publiait une enquête, commandée par la liste de Vučić elle-même, qui donnait au pouvoir 47,4% des voix contre 40% aux étudiants, et l’institut a passé la nuit du scrutin à expliquer sur les plateaux comment il avait pu se tromper de plus de vingt points sur l’écart entre les deux listes. Vučić a aussitôt reconnu sa défaite, ce qui n’allait pas de soi. Quatorze ans après l’arrivée au pouvoir du SNS, la Serbie change de majorité, et c’est un mouvement né dans les amphithéâtres qui en hérite, avec environ 140 sièges sur 250.
En France, l’événement a été salué un peu partout, le plus souvent comme la victoire d’une « société civile » contre un autocrate, ou comme le retour d’un pays candidat à l’adhésion à l’UE vers le chemin de l’intégration européenne. Ces lectures retiennent l’essentiel de ce qui intéresse les chancelleries, et elles ont l’avantage de faire oublier le rôle que ces dernières ont joué pendant plus d’une décennie. Bruxelles, Berlin et Paris ont, en effet, traité Vučić de partenaire fiable, garant de la « stabilité » régionale, et l’ont soutenu tantôt ouvertement, tantôt par un silence prudent. En juillet 2024, Olaf Scholz venait à Belgrade signer un partenariat sur les matières premières qui ouvrait la voie au lithium de la Jadar ; un mois plus tard, Emmanuel Macron y vendait douze Rafale. Quand les étudiants ont envahi les rues, la Commission européenne s’est surtout montrée soucieuse de ne froisser personne.
La liste étudiante, de son côté, n’a rien d’un mouvement pro-européen au sens où l’entendent les éditorialistes. Elle a combattu la…
Auteur: romain romain
