Le « scandale de Notre Dame » paraîtrait-il anodin aujourd’hui, alors que les provocations de tout style sont si nombreuses, souvent diligentées par les opérateurs du spectacle eux-mêmes, en vue de divertissement ? Une certaine histoire de l’agitation se plaît à conserver un bon souvenir de ce fait d’arme pratiqué sans autre arme que le verbe dressé contre la morale chrétienne et la prédominance cléricale. C’est que des trublions à la réputation de voyou osèrent, en ce dimanche de Pâques 1950, troubler la cérémonie pascale que conduisait l’archevêque de Paris, Monseigneur Feltin. L’athéisme comme outrance ou comme blasphème, ou encore comme respiration , chacun appréciera.
L’éructeur de cette diatribe bien sentie s’appelait Michel Moure, mais son auteur, c’était Serge Berna, figure assez mineure, quoique sémillante, d’une époque remuante et remuée, entre guerre mondiale et guerres coloniales, entre libération des uns et répressions des autres, un jeune voyou à la fois paresseux et inventif, nietzschéen et Lettriste.
Avant que le discours eut été prononcé tout à fait, les fidèles furieux avaient pourchassé les protagonistes du scandale , manquant de les lyncher. Vêtu d’une soutane de dominicain, Moure s’était en effet emparé du micro pour s’écrier comme de juste : « J’accuse l’église catholique d’infecter le monde de sa morale mortuaire, d’être le chancre de l’Occident décomposé ! » Requise et rapide, la police sauva les importuns de la sauvagerie des bigots pour mieux les ramasser à son tour, mais seul Michel Moure fut écroué, pour « entrave à libre exercice du culte » .
« Les jeunes fainéants crasseux de Saint-Germain ont cette fois été un peu loin. Il serait indiqué que la police s’occupe un peu de cette faune de pseudo-étudiants et de ratés que la jeunesse française, celle des ateliers et des facultés, méprise avec une vigueur que…
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Auteur: dev

