Championne de tir sportif, Sonja pourrait prétendre à l’or olympique. Sa discipline est un repère solide dans une Serbie en plein bouleversement capitaliste, une vie sociale confuse et une dynamique familiale instable. À la maison, la jeune femme navigue entre un père vétéran criblé de dettes et un frère aîné qui peine à prendre ses responsabilités.
Lorsque le second devient la cible d’un mafieux du coin, sa vie bascule tout entière, et ce qu’il lui restait d’innocence enfantine se dissout subitement. Difficile d’en dire davantage sur l’intrigue de cette superbe chronique sociale serbe sans gâcher le plaisir de sa découverte.
En adaptant en série son long métrage Absolute 100 (2001), le cinéaste Srdan Golubovic en revisite l’enjeu. Il ne s’agit plus de vengeance, mais de la légitime violence d’une femme qui ne trouve pas sa place dans un système patriarcal incapable de se remettre en question.
Une jeune actrice virtuose
Il faut faire confiance au talent d’Anita Ognjanovic, qui campe Sonja avec une étonnante virtuosité. Son personnage a le verbe rare. Tout passe par ses yeux, son souffle, sa façon de se déplacer, d’occuper l’espace. Elle est à la fois mystérieuse et transparente, semblant offrir à chaque spectateur le droit de vivre avec elle ce qui la traverse.
Et c’est au rythme de ses émotions qu’avance la série. La réalisation est entièrement à son service : nerveuse quand elle est désemparée, tremblante quand elle est dépassée, resserrée et ralentie quand elle est rattrapée par la joie simple de son âge. Chacun des six épisodes de ce western urbain est imprégné d’une tension captivante et complètement maîtrisée de bout en bout. Un bijou de précision dont il serait dommage de se priver.
Fiche technique
Genre Drame social | Création Srdan Golubovic et Ivan Knezevic | À voir sur…
Auteur: Maud Guilbeault

