« Seuls les plus qualifiés pourraient se permettre le luxe de trouver du sens à leur travail. C'est faux »

Les départs volontaires, démissions ou ruptures conventionnelles, n’ont jamais été aussi nombreux en France. Plus nouveau encore : de plus en plus, les salarié·es démissionnent ou se détournent de certains emplois au regard des conditions de travail insoutenables qui leur sont proposées.

Thomas Coutrot, économiste, chercheur à l’Ires (Institut de recherches économiques et sociales)

Avant même la crise sanitaire, bien plus qu’à cause d’un salaire jugé insuffisant, les démissions s’expliquaient par un travail trop intense, des conflits avec la hiérarchie et surtout une perte de sens du travail. La pandémie n’a fait qu’accentuer le phénomène.

Qu’on le veuille ou non, le travail est central dans nos vies : c’est l’activité par laquelle nous transformons à la fois le monde matériel, la société et nous-mêmes. Il y a selon nous trois conditions pour qu’une personne trouve du sens à son travail : l’utilité sociale (mon travail répond à des besoins réels), la cohérence éthique (je peux faire un travail de qualité, je respecte la santé des autres et de la planète), la capacité de développement (j’apprends des choses nouvelles, je développe mes capacités).

Si l’une de ces dimensions vient à manquer – ce qui est en général le cas avec le management par les chiffres sous domination de la finance, qui a envahi les entreprises et les administrations -, c’est ma santé qui est en danger. Les démissions sont souvent le fait de salarié·es qui veulent sauver leur peau, ou au moins leur santé mentale.

« Renoncer à la vision simpliste du travail comme pure aliénation »

Une idée reçue veut que seul·es les plus qualifié·es puissent se permettre le luxe de trouver du sens à leur travail. C’est faux. Certes, nos données montrent que les ouvrier·es trouvent en moyenne moins de sens à leur travail, qui est plus contraint. Mais quand leur travail perd son sens, leur risque de dépression est multiplié par deux comme pour les cadres. Ils et elles sont tout aussi enclin·es à démissionner quand c’est le cas. C’est une question vitale pour toutes et tous, même en bas de l’échelle. Les aides-soignantes, les auxiliaires de vie, les agent·es de service souffrent tout autant de ne pas pouvoir faire du bon travail que les ingénieur·es, les magistrat·es ou les enseignant·es.

Quand le travail perd son sens, le risque de dépression est multiplié par deux

Il faut, pour le comprendre, renoncer à la vision simpliste du travail comme pure…

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Auteur: Thomas Coutrot

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