« Si la mission des médias est d’être représentatifs de la société, on n’y est pas du tout. » Ange Richard est doctorante à l’université Grenoble Alpes. Il y a quatre ans, le 8 mars 2022, trois collègues et elle ont mis en ligne un projet baptisé « GenderedNews », traduisible par « Actualités genrées ». Objectif : déterminer le taux de masculinité des articles publiés par les principaux journaux français.
Un algorithme a été programmé pour détecter le genre des prénoms apparaissant dans les contenus analysés, et comptabiliser ainsi combien de fois les femmes et les hommes sont mentionnés. Pour cette étude, dix-huit médias ont été passés au crible. Les principaux journaux nationaux d’abord, comme Le Monde, Libération et Le Figaro. Une poignée de publications locales, à l’image du Dauphiné Libéré, des Dernières nouvelles d’Alsace et du Télégramme. Et quelques médias spécialisés, dont Les Échos, L’Équipe… et Reporterre.
Deux femmes pour huit hommes
De ces travaux découle un graphique à disposition du public, mis à jour chaque lundi. Et un coup d’œil à celui-ci suffit à tirer un premier constat : le taux de masculinité — tous médias compris — stagne depuis le début des enregistrements en janvier 2020. D’année en année, sa valeur navigue seulement entre 74 % et 77 %. Traduction : pour 10 personnes mentionnées dans les articles de presse, à peine plus de 2 sont des femmes.
Seules les courbes de deux médias s’échappent un brin du peloton central bien compact. Celle du journal sportif L’Équipe, héritant du taux de masculinité le plus élevé du lot de médias étudiés. Et celle de Reporterre, s’approchant au contraire le plus du seuil de parité.
Excepté quelques tendances conjoncturelles, à l’image de l’été 2024 où les Jeux olympiques ont amené la presse à mentionner davantage de femmes que d’ordinaire, aucune réduction durable du…
Auteur: Emmanuel Clévenot

