En se repositionnant sur son canapé, Iryna ne parvient pas à dissimuler une grimace de douleur. Son dos la lance et elle peut à peine poser son pied au sol. Iryna continue pourtant de travailler. Venue d’Ukraine, elle est depuis six ans femme de ménage pour l’entreprise Shiva. Enfin, elle ne travaille pas tout à fait pour cette entreprise. Et c’est bien ça qu’elle lui reproche.
Après toutes ces années passées à nettoyer des logements dans le silence, Iryna n’a pas vraiment appris le français. C’est sa fille Sarah, à ses côtés, qui se charge de traduire ses paroles. La jeune femme, étudiante, jette de temps en temps à sa mère un regard inquiet. En s’appuyant sur ses connaissances accumulées lors des premiers mois de son cursus en droit, Sarah a décidé de rendre publique l’histoire de sa mère. « Ma mère ne mérite pas la pitié, elle mérite la justice », écrit-elle dans un signalement adressé à des élues, rédigé entre deux séances de révision pour ses partiels.
Qu’est-ce qu’une « entreprise mandataire » ?
Shiva donne l’image d’une entreprise d’aide à domicile « premium », reposant sur des employées (principalement des femmes) valorisées et un service haut de gamme. Ses publicités, visibles dans les transports en commun ou dans la rue, mettent en avant des femmes et des hommes de ménage photographiées comme des stars par le Studio Harcourt.
La réalité est parfois bien différente. Iryna, comme d’autres, en est la première victime. Shiva se comporte sur plusieurs points comme un employeur alors qu’elle ne l’est pas, et précarise les employées de maison, auxquelles elle propose des contrats de très courte durée. Le tout, dans un environnement où les travailleurs et travailleuses peinent à comprendre leurs droits – et parfois même à savoir qui les emploie.
Shiva fait partie du groupe Domia, qui détient aussi les entreprises Acadomia, pour le soutien scolaire,…
Auteur: Emma Bougerol

