En analysant l’impressionnant phénomène d’acclamation en cours aux États-Unis (des dizaines de milliers de messages de soutien, des t-shirts, casquettes, badges, chansons avec les slogans « deny, defend, depose » et « Free Mangione », des collectes de fonds pour les frais juridiques de l’accusé, le boycott du McDonald’s où il a été arrêté…), un consultant du Network Contagion Research Institute a écrit ces savoureuses lignes : « L’assassinat de Thompson est accueilli comme une sorte de signal de départ pour une guerre de classe plus large. »
Pour comprendre un tel phénomène, il faut d’abord savoir qui est la personne tuée.
Rien que l’an dernier, l’entreprise UnitedHealthcare, dont Brian Thompson était le PDG, a engrangé 22 milliards de dollars de profits, littéralement faits sur la peau de millions de personnes. Les principaux actionnaires de UnitedHealth sont le géant de la gestion d’actifs Vanguard, qui détient 9 % des parts, suivi de BlackRock (8 %) et Fidelity (5,2 %). Les trois formules standards de cette société – rendues célèbres par les balles qui ont abattu Thompson – avec lesquelles elle refuse la couverture des soins médicaux ne s’appliquent pas seulement aux interventions chirurgicales coûteuses. Ce deny (« refus ») est une réponse automatique pour un tas de gens, tous les jours. Loin des quartiers huppés, dans ces ectoplasmes qui ne sont ni des campagnes ni de véritables villes, mais des banlieues désertiques, les caissières, nettoyeurs, ouvriers, livreurs font la queue pour entrer dans des pharmacies indiscernables des supermarchés, avec des vigiles armés à l’entrée, où tout – même le dentifrice – est enfermé derrière des vitrines verrouillées. À la fin de la queue, un employé « qui dégage cette subtile odeur rance rappelant une maladie endocrinienne » annonce que le médicament prescrit par le médecin ne peut être délivré car il manque…
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