« Si c’est gratuit, c’est que vous êtes le produit ! » et si cette fameuse sentence consacrée aux réseaux sociaux et aux GAFAM pouvait s’appliquer à notre chère éducation nationale ? C’est en tous cas l’hypothèse explorée par le philosophe Vincent Legeay qui s’est plongé dans la genèse de l’école laïque et gratuite française au tournant du XIXe et du XIXe siècle.
À voir lundi 11 mai à partir de 20h
Un court extrait ci-dessous en attendant la diffusion.
Ce que l’on découvre en lisant son livre, c’est que l’instauration de l’école gratuite en 1881 n’était pas que le fruit de la charité et de la philanthropie de ce grand homme que fut Jules Ferry mais bien la mise en œuvre d’un dispositif de pouvoir et de gouvernement qui se doit de conscrire et donc produire une population. Regrouper, calibrer, tracer, trier les enfants qu’il s’agira par la suite de mettre à disposition du marché du travail et donc du capitalisme. Une éducation gratuite qui est aussi un investissement dans l’avenir, pour les familles comme pour les patrons. Mais Vincent Legeay ne se contente pas de raconter cette contre-histoire peu flatteuse, il propose aussi de décrypter les mécanismes par lesquels cette grande œuvre de façonnage et de sélection de la population s’est mise en place et a pu perdurer ; le recours arbitraire à un outil mathématique tel que la moyenne par exemple, qui nous semble tellement aller de soi aujourd’hui que plus personne ne s’interroge sur ce qui différencie réellement l’élève refoulé à 9,5 de celui admis à 10. Comme c’est aussi un livre de philosophie, le tour de force de l’ouvrage consiste à appeler Spinoza à la rescousse pour démontrer que ce que produit l’école comme nous la connaissons, c’est la réduction de l’existence et de ses possibles. Soit l’inverse exacte de l’aptitude, c’est-à-dire la…
Auteur: dev

