« Si nos dirigeants étaient jardiniers, auraient-ils plus d'empathie ? »

Notre journaliste Marie Astier a un grand potager, chez elle, dans les Cévennes. Dans cette chronique mensuelle, elle livre astuces et réflexions, parce que jardiner… c’est politique.


Mon corps épuisé se croit à la fin de l’été. Trois canicules déjà et pourtant, au potager, tout est encore devant nous : les récoltes de tomates gargantuesques, la chasse au trésor des patates, les aubergines en pagaille, les piments distribués aux copains, les premières courges… Nous restera-t-il de l’énergie pour affronter cette période d’intense activité jardinière ?

D’autant plus que la saison a commencé tôt et en beauté côté fruits. Alors que les températures nous accablent, que je vois les feuilles des végétaux se recroqueviller passé les rosées du matin, que l’arrosage devient une logistique compliquée qui va nous obliger à rogner sur le sommeil… Les arbres fruitiers, eux, chauffent, mais s’en donnent à cœur joie.

C’est la fête des pêches, des abricots, des pommes précoces, des figues et des mûres. On se régale, les paniers débordent et, malgré les dons aux voisins, on peine à écluser. Cela contraste avec le sentiment d’accablement face au constat brutal des conséquences du changement climatique. Une profusion contraire à la sécheresse qui nous menace. Il y a comme un décalage.

« Nous, jardiniers, n’avons pas eu de mal à prédire »

La phrase d’Emmanuel Macron, prononcée lors de ses vœux du 31 décembre 2022, résonne, comme pour tant d’autres, dans mon cerveau malgré moi. De colère, on a tous envie de la lui rappeler, cela a d’ailleurs été largement fait : « Qui aurait pu prédire (…) la crise climatique aux effets spectaculaires cet été dans notre pays ? » avait-il dit.

La profusion de récoltes de ce début d’été me fait lui répondre que nous, jardiniers, n’avons pas eu le choix de prédire, d’anticiper, tout simplement. Si nous avons tant de…

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Auteur: Marie Astier

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