« Une trahison. » Les anciens élus du personnel de Gorillas se souviennent du 21 juin dernier comme si c’était hier. Ce jour-là, Getir, le propriétaire de la plateforme de livraison de courses à domicile, annonce se retirer du marché français. Après des semaines à essayer de redresser l’entreprise, personne ne comprend.
La société turque Getir était propriétaire des entreprises de livraison Gorillas et Frichti, tout en proposant un service de livraison à son nom. Leur chute a été aussi brutale que leur arrivée sur le marché français. En 2021, ces entreprises promettaient des milliers d’emplois créés, des courses livrées en une dizaine de minutes, des promotions à n’en pas finir et des travailleurs salariés et pas indépendants… Et puis, plus rien. Gorillas et Getir n’auront tenu que deux ans en France. Deux ans d’un capitalisme agressif qui, à la fin, laisse des milliers de travailleurs sur le carreau.
« À notre arrivée, on y croyait »
« L’annonce de l’arrêt de Getir en France a été perçue comme une trahison… Parce qu’on avait fait beaucoup d’efforts pour que l’entreprise puisse continuer », explique Arnaud Coulibaly, délégué syndical CGT et ancien représentant des salariés de la plateforme. À ses côtés, Ibrahima Cissokho et Souleymane Bamba étaient eux aussi des représentants du personnel. Ils ont tous trois commencé en même temps dans l’entreprise, en avril 2021, comme « riders » (coursiers) rattachés à l’entrepôt du quartier de Bastille, à Paris.
« On a commencé à travailler sans même avoir de contrats. On venait de sortir du Covid. À notre arrivée, on y croyait. On s’est dit que cette idée pouvait améliorer le quotidien des gens, se remémore Souleymane Bamba, qui est ensuite devenu délégué et élu suppléant du personnel. Même si on n’a pas tout de suite eu de contrat de travail, on s’est dit “on va y aller, ce n’est pas grave”. On a…
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Auteur: Emma Bougerol

