Silences

Cher voisin,

Ce n’est pas terrible ici, depuis que tu es parti. On aurait dû en être à la belle période – tu sais, de mai à octobre, quand on se croise presque tous les jours et qu’on bave sur la beauté du bled, assis sur le pont tiédi par le soleil. Au lieu de cela, il a fallu se taper une canicule en automne et l’éclat plombant de nouvelles guerres. Pour couronner le tout les hirondelles se sont envolées depuis un mois, et leurs chants ont été remplacés par les cris d’une étrange corneille (est-ce lié au fait que j’avais dit à Olivier que nous étions ravitaillés par les corbeaux ?). Bref – tu vois le tableau –, c’est la Toussaint.

Pour être tout à fait sincère, depuis que tu es parti – j’y crois à peine –, depuis que nos discussions sur la tournure des choses ont été suspendues, je ne comprends plus grand-chose à ce qui se trame alentour, dans le bled et au-delà, en mon cœur et dans le monde. J’aurais besoin que nous parlions de tout cela, du climat et des routes que l’on veut encore construire, des conflits et des interdits qui s’abattent sur les voix dissonantes en paix occidentale. Et puis du silence qui s’est imposé à propos du covid.

C’est étonnant, quand même, ce silence, après un tel vacarme. Il y a eu des constats implacables à chaque étape, et puis plus rien. Il y a eu ceux qui disaient que cette crise révélait que nous ne faisions pas attention à ce qui compte, et qui ont eux-mêmes vite oublié ce qui importe. Il y a eu ceux qui avaient dit que nous vivions en période trouble, que les savoirs devraient s’adapter, mais qui finalement se sont tus, cédant devant la suprême fermeté de la science. Il y a eu ceux qui ont conspué http:/lundi.am/Lettre-sur-la-perte‌’>le livre d’Olivier et devaient nuancer leur propos, mais qui se sont ravisés. Il y a eu ceux qui disaient que les choses allaient changer et qui ne disent absolument plus rien sur le fait qu’elles ont empiré. Il y a eu les engueulades…

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Auteur: dev