Face à l’effondrement des ventes et des recettes publicitaires, un journaliste sur cinq du quotidien régional voit son poste de travail menacé. Malgré une faible expérience des luttes, la défiance de la rédaction est à son comble et se manifeste face à la direction
Sur cent cinquante employés des services de rédaction, près de cent vingt réunis en assemblée générale (certes pas les miracles de la télématique), s’accordant quasi à l’unanimité sur une motion : voilà un scénario qu’on croyait peu envisageable au Midi Libre. Comme dans de larges secteurs de la presse, la tradition de lutte n’est pas ce qui caractérise le plus cette rédaction.
C’est un monde où les susceptibilités d’ego et de plume, l’idéologie du travail-passion, le dévouement aux impératifs incontrôlables de l’actualité, un sentiment d’appartenance socio-culturelle “à part”, un rapport ambigu aux cercles d’influence et de pouvoir, ne favorisent pas les réflexes de solidarité militante. Cela alors même que les conditions objectives d’exercice et de rémunération du métier n’y sont pas aussi privilégiées qu’on pourrait le croire.
Si la rédaction du Midi Libre vient de réagir ainsi, et d’appuyer en masse l’action de ses représentants SNJ (Syndicat national des journalistes), c’est qu’elle est profondément inquiète. Le 8 décembre 2022, le directeur du journal, Jean-Benoît Baylet (rejeton pas réputé le plus lumineux de la dynastie radical-cassoulet qui possède La Dépêche du Midi à Toulouse, et a avalé, entre autres, le Midi Libre en Languedoc), ce directeur annonçait un plan baptisé “Renaissance”. En clair, une compression des effectifs dans les services rédactionnels. Soit la suppression de quarante-cinq postes (dont dix n’étant pas des journalistes). Autrement dit, un dégraissage d’un cinquième de ces effectifs.
Comme toujours en pareil cas, l’intérêt patronal est de pousser les plus âgés vers la sortie. Ce sont les mieux payés, les moins agiles pour se mouler dans la révolution technologique en cours, les plus attachés – pour certains – à une certaine culture et déontologie du métier. Il vaut mieux miser sur les jeunes, nés avec un ordinateur dans le berceau. Un schéma rédactionnel rentable les suppose aptes à pratiquer un journalisme vissé à l’écran, aux moindres frais de reportage, disposés à écrire dans l’instant sur réseaux, acceptant d’endosser tous les métiers en simultané (photographie, vidéo, rédaction, mise en page),…
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Auteur: Le Poing

