Socialisme ou Barbarie. L'aventure d'un groupe (1946-1969)

La couverture de ce livre reproduit celle de la revue Socialisme ou Barbarie, qui adopta le même nom du groupe. Après une introduction, rappelant brièvement le contexte de l’après-guerre, Dominique Frager – lui-même, ancien militant, dans la seconde moitié des années 1960 à Pouvoir Ouvrier, l’un des groupes issus de la scission de Socialisme ou Barbarie (SouB) –, retrace l’histoire du groupe en une dizaine de chapitres, largement chronologiques, et dont chacun tente de mettre au jour quelques-uns des débats où se donne à voir le renouvellement théorique au sein et autour de cette organisation révolutionnaire française.

Né comme une tendance au sein de la 4e Internationale, créée par Trotsky, SouB rompt en 1949, sur la base d’une double critique du trotskisme et de l’URSS (présentée comme un « État ouvrier dégénéré »). Cette rupture peut se lire comme la conjonction d’une nouvelle génération politique (la plupart de cette quinzaine de militants n’a pas 25 ans) et de l’exigence de prendre au sérieux la spécificité du phénomène bureaucratique, ainsi que la convergence tant du côté capitaliste que du côté communiste d’une oppression commune, basée sur la séparation entre dirigeants et exécutants.

Une aventure collective

Le sous-titre de ce livre – L’aventure d’un groupe (1946-1969) – reprend le qualificatif que l’un des membres de SouB, Daniel Blanchard, avait donné à l’histoire de l’organisation : une aventure. Aventure intellectuelle et politique, bien sûr, mais aussi de lutte et de vie (et même, dans le chef de Blanchard, de prise de parole). Mais, si aventure il y a, c’est aussi que SouB rejetait le déterminisme étroit, et s’ouvrait à l’expérience de l’événement, du surgissement et, plus généralement, des manifestations du mouvement ouvrier, en mettant la focale sur l’autonomie et la créativité ouvrières. Une créativité qui se manifeste au quotidien et au sein de la production, dans des dynamiques d’auto-organisation, qui sont autant de formes d’auto-défense contre l’exploitation, la réification et la bureaucratie. Là résiderait d’ailleurs, pour SouB, la contradiction fondamentale du capitalisme – comme du communisme soviétique : les deux tendent à réduire les travailleurs à de simples exécutants, tout en étant contraint, en permanence, à en appeler à leur autonomie, pour corriger les dysfonctionnements. Or, sous ce régime (commun au capitalisme et au communisme), ces dysfonctionnements constituent le…

La suite est à lire sur: lundi.am
Auteur: lundimatin

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