Festival du film de San Francisco, le 27 avril 2013, Steven Soderbergh donne son « discours sur l’état du cinéma ». L’allocution débute par une anecdote. Dans l’avion qui le mène de New York à Burbank, Californie, il est assis à côté d’un trentenaire qui, sur son iPad, a téléchargé des films d’action. Mais, au lieu de regarder chacun d’entre eux, celui-ci les passe en revue, zappant les scènes narratives au profit des poursuites et des cascades qui les jalonnent.
De cette observation, Soderbergh en vient à évoquer l’économie du cinéma, la production, les relations entre art, liberté de création et argent, les campagnes de marketing accompagnant la sortie des films entraînant des dépenses indécentes. Le constat pessimiste qu’il brosse contraste avec son ton jovial. Qu’on ne s’y trompe pas, le cinéaste a un plan et, entre 2017 et 2018, il luttera contre les aberrations qu’il dénonce avec deux films distribués seul : Logan Lucky et Paranoïa.
Si l’expérience se solde par de relatifs échecs commerciaux, elle rend compte de sa volonté de déjouer les règles de l’économie de marché, quitte à développer une filmographie aussi abondante qu’insaisissable, et de ce fait souvent négligée par la critique.
Scindant la carrière du cinéaste en deux temps – et deux volumes : Les Années analogiques (paru en mars 2025) et Les Années numériques –, Christophe Chabert et Frédéric Mercier se proposent de mettre Soderbergh au cœur de l’arène. Alors que la pandémie de covid-19 s’installe, le surgissement sur Prime Video de Contagion, film de 2011, impose selon les deux journalistes l’aspect visionnaire de son cinéma.
Des gestes barrières au patient zéro, de l’amoncellement des corps au complotisme, Soderbergh avait prévu la crise, comme il l’avait fait sur un tout autre sujet, en 2002, dans Full Frontal, où Jeff Garlin…
Auteur: Pauline Guedj

