Paulhan (Hérault), reportage
Cerné par l’autoroute A75 et des vignes soigneusement désherbées, le mas Nicolas fait figure de bastion rebelle. Entre les oliviers couverts de fleurs blanches, des plants d’aromates diffusent leurs effluves rafraîchissants. Quelques poulettes prennent le soleil non loin d’une prairie colorée de coquelicots et de pissenlits.
Malgré cette effervescence printanière, le hangar paraît vide, et les deux agriculteurs, Sylvain Roubira et Pierre Gulliez, ont le regard las. Après un an de bataille administrative, ils se retrouvent au bord de la banqueroute, accusant des pertes de plus de 60 000 euros. Avec le désagréable sentiment d’être pris pour des pigeons (un comble pour des éleveurs de volailles).
Tout avait pourtant bien commencé. Il y a dix ans à Montpellier (Hérault), dans le sillon de Nuit debout et des Gilets jaunes, les deux trentenaires créaient — avec d’autres — l’association la Cinquième saison. « On défendait la réappropriation des terres et l’accès pour tous à une alimentation locale, de qualité », détaille Sylvain Roubira. Cantines populaires, glanages d’olives, paniers d’aide alimentaire avec des produits du coin…
En 2022, une poignée de ces militants firent un pari un peu fou : racheter 6 hectares d’oliveraies en friche à Paulhan, un territoire marqué par la viticulture conventionnelle et le vote pour le Rassemblement national. « On voulait participer à créer du lien, de la mixité », souligne Pierre Gulliez. « Ici, on est un peu dans un désert associatif, notamment pour les jeunes, enchérit son camarade. C’est la ruralité oubliée. »
« Un travail précieux »
Pour « faire infuser » leurs idéaux d’autonomie et d’éducation populaire, ils y développent des activités agricoles — huile d’olive, plantes aromatiques, pâtes et farine de blés anciens. En complément, ils organisent des ateliers, des chantiers…
Auteur: Lorène Lavocat

