« Soleil tunisien, profits français : drôle de transition verte ! »

Saber Ammar est chercheur au sein du programme Afrique du Nord du Transnational Institute (TNI). Ses travaux portent sur les questions énergétiques et les politiques industrielles dans la région.


Le 28 avril, c’était l’effervescence à Tunis. Le Parlement tunisien venait d’approuver cinq projets de concessions solaires à des multinationales privées, vivement contestés par des députées et des militantes de la société civile, ainsi que par la Fédération générale de l’électricité et du gaz, affiliée à l’Union générale tunisienne du travail (UGTT). Quatre de ces contrats, sur cinq, ont été accordés à des sociétés françaises : Voltalia, qui remporte deux projets à Gafsa et Gabès, et Qair, qui en obtient deux autres à Gafsa et El Khobna.

Issus d’un appel d’offres lancé par le ministère de l’Industrie, des Mines et de l’Énergie en 2022, ces contrats sont très avantageux pour les multinationales, mais dépourvus d’intérêt pour les Tunisiens. C’est l’équation quasi caricaturale d’un colonialisme vert, qui ampute la démocratie de sa sève populaire pour mieux s’approprier la « transition verte ». Il faut que cela cesse pour que les Tunisiens recouvrent leur souveraineté énergétique.

Un néocolonialisme vert

Les cinq projets de concession solaire sont révélateurs de la rapacité de ces sociétés, qui profiteront d’exonérations fiscales et de l’accès aux terres et aux ressources naturelles, sans verser aucune contrepartie au pays d’accueil tunisien.

Les infrastructures et équipements seront entièrement importés, les emplois seront temporaires et à faible valeur ajoutée, et aucune intégration industrielle locale ne sera réalisée : ni production de panneaux solaires, ni transfert technologique, ni sous-traitance tunisienne ne permettront un développement durable du tissu économique national.

Par ailleurs, tous les revenus dégagés par la production…

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