« Cette semaine, on brise des silences, on élève la voix et on se libère, peut-être. » Le journaliste Augustin Trapenard ne croyait pas si bien dire… Quelques heures avant la diffusion de « La grande librairie » (France 5), c’est en ces termes qu’il annonçait l’émission du 9 septembre. Au programme : les écrivains Adèle Haenel, Philippe Jaenada et Ananda Devi, puis, dans une seconde partie, cinq membres du collectif « Les États généreux » – Virginie Despentes, Tania de Montaigne, Laurent Binet, Philippe Claudel et Hervé Le Tellier –, créé dans la foulée du limogeage d’Olivier Nora des éditions Grasset, détenues par Vincent Bolloré. L’empire du milliardaire d’extrême droite et ses pratiques de censure ont donc été sur le devant de la scène. Dans une bande-annonce diffusée sur les réseaux sociaux, Augustin Trapenard ne mâchait d’ailleurs pas ses mots : « Il sera question de lutte, de défis nouveaux », annonçait-il sur fond de musique – Pink Floyd, Another Brick in the Wall. « Face à la concentration croissante des pouvoirs dans l’édition, la presse et la culture, les écrivains se mobilisent. » Las : moins de 24 heures plus tard, France Télévisions allait fracasser l’idée même que des idées rebelles – ou plutôt certaines d’entre elles… – puissent s’exprimer sur le service public.
« Sanctionnez Israël et libérez la Palestine »
Que s’est-il passé ? Juste avant de conclure l’émission, Augustin Trapenard cédait sa place à Adèle Haenel pour la traditionnelle « carte blanche » – « une parole totalement libre » soulignait le présentateur, « le principe de « La grande librairie » » pour « faire exister la littérature, l’acte de création ». Le texte d’Adèle Haenel s’ouvrit alors sur la peur et le courage de dire. « « Il m’a violée. » Sujet, verbe, COD. » « Il faut parler de l’acte de parole »,…
Auteur: Jérémie Younes, Pauline Perrenot
