Sommes-nous réellement en démocratie ? Pour beaucoup, le simple fait de se poser cette question relève de la pure outrance ou de la provocation. Pour d’autres, en revanche, il ne fait aucun doute que la France n’est pas un pays démocratique. On se souvient récemment de duels passionnés entre les élites politico-médiatiques et les Gilets Jaunes qui souhaitaient obtenir plus de pouvoir dans la vie du pays. Dossier.
Comment expliquer un tel décalage entre deux mondes ? La divergence est clairement sémantique. De quoi parle-t-on lorsque l’on parle de démocratie ? Du côté de l’élite politique, on fait allusion à une démocratie dite « représentative » : des élections permettent de déléguer tout le pouvoir de décision à des représentants du peuple. De l’autre, la démocratie « directe » confie sans intermédiaire le pouvoir de décision aux citoyens et citoyennes.
Une définition récente de la démocratie
Aujourd’hui, tout le monde se revendique démocrate. Le mot est même accolé et confondu avec toutes sortes de concepts comme la liberté ou l’état de droit. Se prétendre contre la démocratie à notre époque équivaudrait à un suicide politique. Et pourtant, il n’en a pas toujours été ainsi. Les pères de nos systèmes actuels, que ce soit aux États-Unis ou en France, rejetaient dans leur grande majorité le concept de démocratie.
À l’époque des révolutions américaine et française, le mot « démocrate » est même perçu comme une insulte. John Adams, l’une des figures fondatrice des États-Unis, qualifie d’ailleurs le système démocrate de « tyrannique, arbitraire, sanglant, cruel, intolérable ». En France, l’abbé Sieyès, grand acteur de la révolution, assurait que « le peuple, je le répète, dans un pays qui n’est pas une démocratie (et la France ne saurait l’être), le peuple ne peut parler, ne peut agir que par ses représentants. »
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Ce n’est qu’au début du XIXème siècle que les politiciens s’emparent du mot « démocrate ». L’idée d’un « gouvernement pour le peuple par le peuple » est de plus en plus populaire. Mais à mesure que les dirigeants s’approprient le terme démocratie, rien ne change réellement dans le système de gouvernance. On conserve en effet un régime électif avec des représentants et le peuple n’a presque jamais le loisir de décider par lui-même de son destin.
Le peuple infantilisé
Derrière cette méthode repose l’idée que la grande…
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Auteur: Sharon Houri

