Le terme de « post-vérité » désignerait une époque historique nouvelle où les faits objectifs auraient perdu leur influence sur l’opinion publique et sur les résultats des élections. Dans ce contexte, les politiciens pourraient donc mentir en toute impunité – à l’image du président des États-Unis Donald Trump. Mais quelle est la validité du concept de post-vérité pour comprendre la situation des démocraties contemporaines ?
La « post-vérité » s’est diffusée dans le vocabulaire politique et journalistique ces dernières années. Les exemples les plus souvent invoqués par les commentateurs incluent les mensonges du camp « Leave » au sujet des 350 millions de livres sterling que l’adhésion à l’Union européenne était censée coûter à la Grande-Bretagne ; l’indulgence des électeurs républicains vis-à-vis des mensonges de Trump sur une supposée fraude électorale en 2020 ; ou le climatoscepticisme.
Cette approche ne résiste pourtant pas très bien à l’analyse. Si le concept de post-vérité saisit des tendances historiques bien réelles, celles-ci prolongent et amplifient des phénomènes psychologiques et sociaux qui ne sont pas nouveaux.
Impossible de vivre sans concept implicite de vérité
Premièrement, au risque de rappeler une évidence, il est impossible de vivre une vie de relativiste complet. Ce n’est pas parce que certaines personnes déclarent remettre en cause l’idée de vérité, ou ne pas croire certains médias associés à l’establishment, qu’elles ont cessé de croire en l’existence du monde extérieur avec ses contraintes et ses faits physiques, biologiques, et sociaux. Il est en revanche plus facile de mettre en doute des faits quand ceux-ci sont d’une nature abstraite, collective et non directement perceptible (changement climatique, pandémie…).
Deuxièmement, la diffusion de mensonges par des politiciens cyniques est bien antérieure aux réseaux digitaux et…
Auteur: Antoine Marie, Chercheur post-doctorant, École normale supérieure (ENS) – PSL

