L’économiste Cédric Durand a développé ces dernières années le concept de « techno-féodalisme » pour interpréter certaines transformations majeures du capitalisme, notamment à partir du rôle joué par la Big Tech. Cette interprétation a donné lieu à un débat important et à des critiques, en particulier développées par Evgeny Morozov dans le Monde Diplomatique en août dernier, ce qui a conduit Cédric Durand à lui répondre dans les colonnes de Contretemps.
Nous prolongeons ce débat en proposant la traduction d’un article de Cédric Durand, publié en 2022 dans la New Left Review, dans lequel il répondait plus longuement aux arguments d’Evgeny Morozov.
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Evgeny Morozov a fourni une critique salutaire des récentes propositions visant à conceptualiser les rapports sociaux de l’économie numérique sous le prisme d’une analogie avec ceux en vigueur sous l’ère féodale – pour lesquelles les utilisateurs du web seraient supposément attachés aux fiefs des barons de la tech sans espoir de fuite, à la manière des serfs de jadis. Sa « critique de la Raison techno-féodale » offre une recension systématique de cette rhétorique féodale, qu’il accuse de faire figure de marais discursif dans lequel « la gauche a grand’ peine à se différencier de la droite » ; des néolibéraux tels que Glen Weyl and Eric Posner, des néo-réactionnaires comme Curtis Yarvin ou encore le pourfendeur des wokes qu’est Joel Kotkin y articuleraient la même critique « néo- » ou « techno-féodale » que Yanis Varoufakis, Mariana Mazzucato, Robert Kuttner ou Jodi Dean. Si des penseurs radicaux ont adopté une imagerie féodale comme stratagème rhétorique et propice à la mémification, cela ne serait guère dû, à en croire Morozov, à leur sens de la communication, mais bien de leur faiblesse intellectuelle – « comme si le cadre théorique de la gauche n’était plus en mesure de rendre compte du…
Auteur: redaction

