Ces derniers temps, un frisson parcourt les milieux politiques et militaires internationaux. La Russie et les États-Unis s’accusent mutuellement de vouloir disposer des armes nucléaires dans l’espace, voire viendraient de le faire. Cris d’orfraie et protestations se multiplient, et les discussions s’emballent autour de la question de la militarisation de l’espace… On semble oublier que le domaine spatial connaît bien le nucléaire, sous plusieurs formes et depuis bien longtemps.
« Nucléaire » est un terme plutôt vague car il recouvre plusieurs réalités techniques très différentes. Commençons par une première utilisation : la chaufferette. En effet, un bloc de matière radioactive chauffe lorsque la matière se désintègre et cette chaleur peut être utilisée pour garder l’intérieur de la sonde spatiale bien au chaud. On retrouve souvent cette technique pour des rovers. Ainsi, les Lunokhod emportaient 11kg de polonium pour contrer le froid lunaire, tandis que Spirit et Opportunity emportaient chacun une vingtaine de grammes de plutonium pour combattre la froidure martienne, et Yutu utilisait le même isotope sur la Lune.
Dans le même genre, mais un peu plus complexe, le RTG (radioisotope thermoelectric generator). Cette fois, la chaleur dégagée par le matériau radioactif est utilisée pour produire de l’électricité (à l’aide de thermocouples, un assemblage de deux métaux réagissant différemment à la température, ce qui génère un potentiel électrique entre leurs extrémités).
Du plutonium dans les sondes
Souvent, c’est du plutonium qui est utilisé. Avec sa longue durée de demi-vie, 88 ans, sa productivité baisse de seulement 8 millièmes chaque année. Un composé cher, mais parfait pour les missions de longue durée ! Ce genre de générateur sert donc principalement pour les missions lointaines – quand les panneaux solaires sont difficilement utilisables, au-delà de la ceinture…
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Auteur: Yaël Nazé, Astronome FNRS à l’Institut d’astrophysique et de géophysique, Université de Liège

