C’est la chasse aux sorcières la plus meurtrière jamais perpétrée en France. En 1609, dans la région du Labourd au Pays basque, le président au parlement de Bordeaux et un juge, mandatés par Henri IV pour régler un conflit banal, déclenchèrent une vague de procès en sorcellerie qui se solda par 80 exécutions et de nombreux emprisonnements. Les victimes furent en majorité des jeunes femmes dont les maris terre-neuvas – des pêcheurs baleiniers – étaient alors absents.
À partir du récit laissé par le juge Pierre de Lancre et des archives retrouvées par des historiens, la réalisatrice Marie Thiry explore cet épisode tragique. La méfiance vis-à-vis des Basques, de leur langue et surtout de leurs traditions païennes de costumes, de carnavals et de feux de la Saint-Jean – toujours bien vivantes aujourd’hui comme le montre le documentaire – a pu déclencher les suspicions, explique l’anthropologue Thierry Truffaut.
Ressorts misogynes
À cela, semble s’être mêlée la perversité du juge de Lancre, à la fois fasciné par ces jeunes femmes aux longues chevelures dénouées, leurs danses en liberté, et acharné à leur faire avouer et reconstituer – sous la torture – le détail de prétendus sabbats et de fornications avec le diable. Pour cela, le magistrat eut même recours à des « espions de confiance », en réalité des enfants qu’il fit témoigner contre toute règle légale. Il fallut qu’il commence à s’en prendre à des prêtres et à des femmes de notables de Bayonne pour qu’on mette le holà à son zèle terrifiant.
La misogynie fut bien l’un des ressorts de la chasse aux sorcières en Europe, dès la publication en 1486 du terrible Malleus Maleficarum (littéralement le «marteau des sorcières»), un terrifiant traité largement diffusé dans toute l’Europe, mais elle a aussi prospéré avec les affrontements entre catholiques et protestants, dans un contexte de…
Auteur: Sabine Gignoux

