On rappelle bien souvent la difficulté de penser un au-delà du capitalisme, en particulier d’un point de vue économique et après les expériences du siècle dernier qui se sont réclamées du socialisme. Il est donc d’autant plus important de prendre connaissance et de discuter le dernier livre de l’économiste Cédric Durand et du sociologue Razmig Keucheyan, qui vise précisément à penser la bifurcation vers une autre société, en remettant sur le métier la question de la planification et en plaçant au coeur de cette actualisation le problème écologique.
Nous avons commencé une telle discussion dans le cadre d’un épisode de notre podcast consacré aux questions stratégiques, « C’est quoi le plan ? ». Nous le poursuivons ici à travers cette recension du livre par Paul Haupterl et Hannah Bensussan.
Cédric Durand et Razmig Keucheyan signent un ouvrage important à l’heure de l’approfondissement de la crise capitaliste dans sa triple dimension sociale, économique et écologique. Au cœur de l’ouvrage, l’intention de réfléchir aux conditions d’émancipation de « l’anarchie » de l’ordre marchand, aux moyens d’enrailler la déprise politique sur nos ordres économiques qu’a institué le capitalisme.
Pour ce faire, les auteurs se risquent à un exercice à la fois spéculatif (ils s’intéressent aux futurs de l’ordre économique et écologique) et normatif (ils cherchent à esquisser un monde désirable parmi ces mondes futurs). Ils s’exposent donc nécessairement à une critique marxienne bien connue, et confortable : celle de faire artificiellement « bouillir les marmites de l’avenir » au mépris de la souveraineté de la lutte des classes en cette matière.
Pour contourner cette objection classiquement dirigée contre les modèles de socialisme, les auteurs recourent à un pluralisme méthodologique leur permettant d’ancrer l’exercice spéculatif dans la rigueur du…
Auteur: redaction

