Dans son dernier essai, la constitutionnaliste Lauréline Fontaine engage une réflexion démythificatrice sur les textes constitutionnels. L’étude, audacieuse et étayée, invite à jeter un regard critique sur un domaine qui en manque cruellement.
L’objet n’est pas tout à fait neuf pour le lecteur déjà familiarisé avec les écrits de Lauréline Fontaine, professeure de droit public à l’Université Sorbonne Nouvelle. La Constitution au XXIe siècle, publiée en début d’année aux éditions Amsterdam, élargit et prolonge en partie La Constitution maltraitée (même éditeur, 2023), un ouvrage particulièrement éclairant sur le fonctionnement de la justice constitutionnelle en France. Mais le propos est ici plus général et plus ambitieux : il touche à l’interprétation des constitutions par les juges nationaux, au décalage entre ce qu’elles proclament et les réalités sociales que dissimulent ceux qui en sont les auteurs, mais aussi à l’instrumentalisation des textes et de procédures par les pouvoirs institués.
La Constitution, dont le contenu est si mal connu des citoyens quel que soit l’État considéré, ne fait pas l’objet de débats publics en temps ordinaire et la presse ne s’y intéresse qu’en superficie à l’occasion des procédures de révision. C’est un grand tort. S’attaquer à la norme suprême, fondement de l’édifice juridique des sociétés libres et démocratiques, héritage des idées des Lumières et des révolutions nationales, revient à affronter un totem. Cette chère Constitution, célébrée dans certains pays par un jour férié (Norvège, Pologne…), n’est autre que le texte dont tout État se doit de se doter pour entrer dans le cénacle des pays politiquement développés. Lauréline Fontaine, le sait, qui évoque dès le sous-titre de son essai un « fétiche social » avec tout ce que cela peut comporter de zones d’ombres. Un fétiche dont l’écriture…
Auteur: Pierre-Henri Paulet

